Photo : Auteur inconnu, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Deux fois lyonnais
Aimé Jacquet entretient avec l'OL un lien particulier, double et ambigu. D'abord joueur professionnel formé à Saint-Étienne, il termine sa carrière de joueur sous le maillot rouge et bleu de l'Olympique Lyonnais de 1973 à 1975 (27 matchs, 3 buts). Ce séjour marque la fin d'une longue carrière et constitue un ancrage lyonnais rare : il n'y a pas beaucoup d'entraîneurs de Coupe du Monde qui ont aussi porté le maillot de l'OL.
Un an après avoir raccroché les crampons, il reprend un poste sur le banc : entraîneur de l'OL, de 1976 à 1980. Cette fois, les résultats sont laborieux. 183 matchs, 65 victoires seulement. Le club traverse une période difficile, frôle même la relégation en 1979-1980. Jacquet part à l'issue de la saison. Il rejoindra Bordeaux, où tout va changer.
27 matchs, 3 buts
Ailier gauche et milieu offensif
Dernière étape de sa carrière de joueur pro
Arrivé en fin de contrat de Saint-Étienne
183 matchs, 65V 42N 76D
Pas de titre remporté
Risque de relégation en 1979-80
Période de reconstruction difficile
Le joueur : 13 ans à Saint-Étienne
Avant d'arriver à Lyon, Jacquet est un joueur important de l'AS Saint-Étienne. Il y joue de 1960 à 1973 (231 matchs, 26 buts), comme milieu offensif technique et intelligent. Il y remporte 5 championnats de France (1964, 1967, 1968, 1969, 1970) et 2 Coupes de France (1968 et 1970). C'est aussi à cette époque qu'il obtient ses deux seules sélections en équipe de France, en 1968.
En 1970, une rupture du tendon d'Achille interrompt brutalement sa progression. Il revient sur le terrain mais n'est plus tout à fait le même. En 1973, il rejoint l'OL pour terminer sa carrière. Ce parcours de joueur dans les années 1960 lui donne une base technique solide et une compréhension fine du jeu qui, plus tard, font de lui un entraîneur redoutable.
À l'OL sur le banc : quatre ans de galère formative
Le bilan de Jacquet entraîneur à l'OL (65 victoires pour 76 défaites sur 183 matchs) ne reflète pas un grand succès. Le club est dans une période de turbulences financières et sportives. La Division 1 des années 1970 est dominée par Saint-Étienne et Nantes ; l'OL n'a ni les moyens ni la profondeur d'effectif pour rivaliser avec les géants du moment.
| Saison | Classement D1 | Pts | V-N-D (champ.) | Buts |
|---|---|---|---|---|
| 1976-1977 | 6e | 44 | 17-10-11 | 54:47 |
| 1977-1978 | 17e | 31 | 12-7-19 | 56:59 |
| 1978-1979 | 7e | 40 | 15-10-13 | 53:56 |
| 1979-1980 | 18e | 29 | 10-9-19 | 43:65 |
| Total OL | 183 matchs : 65V – 42N – 76D (36 %) | |||
Une sixième place, puis la dégringolade. Les colonnes portent sur le championnat seul.
Pourquoi ça ne pouvait pas marcher : l'OL vendait ses meilleurs joueurs
Le contexte explique beaucoup. À partir de 1977, l'obligation des contrats à temps dans le football professionnel français plonge l'OL dans de sérieux problèmes financiers. Pour tenir, le club vend. Et il vend ce qu'il a de mieux : Raymond Domenech part à Strasbourg, puis Bernard Lacombe à Saint-Étienne. Deux joueurs majeurs. Et, ironie du sort, deux futurs entraîneurs de l'OL. Impossible de construire quoi que ce soit dans ces conditions : le club stagne en milieu de tableau puis frôle la relégation en 1979-1980 avec une 18e place.
Ce que Jacquet a vraiment laissé à l'OL. Pas un titre, mais une méthode. Arrivé à 35 ans, il est l'un des tout premiers entraîneurs français à moderniser la médecine du football : il obtient du club le recrutement d'un médecin du sport résident, le docteur Jean-Marcel Ferret. Celui-ci deviendra plus tard, en parallèle de ses fonctions lyonnaises, le médecin de l'équipe de France, jusqu'à la Coupe du monde 1998. Le premier geste de professionnalisation du staff lyonnais est donc à mettre au crédit de ces quatre années « ratées ».
Jacquet quitte le Rhône à l'été 1980 avec quatre saisons d'expérience précieuses, sur un banc difficile, dans un championnat difficile. Il rejoindra Bordeaux, où tout va changer.
La saison 1979-80 est la plus difficile du passage de Jacquet à l'OL. Le club lutte pour sa survie en Division 1. À la dernière journée, le maintien est acté de justesse. Pas de victoire, pas de gloire, mais une leçon de gestion de crise que Jacquet n'oubliera jamais. Quelques semaines plus tard, il signe à Bordeaux. Le reste appartient à l'histoire.
Bordeaux (1980–1989) : la révélation
À Bordeaux, Jacquet devient le grand entraîneur qu'il est. En neuf saisons avec les Girondins, il remporte 3 championnats de France (1984, 1985, 1987), 2 Coupes de France (1986, 1987) et va chercher une demi-finale de Coupe d'Europe des Clubs Champions en 1985, battu par la Juventus de Turin (le club le plus fort d'Europe à cette époque). Il atteint aussi la demi-finale de la Coupe des Coupes en 1987, éliminé par le Lokomotiv Leipzig.
| Compétition | Résultat | Saison |
|---|---|---|
| Ligue 1 | 🏆 Champion | 1984, 1985, 1987 |
| Coupe de France | 🏆 Vainqueur | 1986, 1987 |
| Coupe d'Europe (C1) | Demi-finale | 1985 (vs Juventus) |
| Coupe des Coupes (C2) | Demi-finale | 1987 (vs Lokomotive Leipzig) |
420 matchs à Bordeaux : 218V – 114N – 88D. Un taux de victoire de 52 %. Source : Wikipedia.
C'est à Bordeaux que Jacquet développe son style : une organisation défensive rigoureuse, un jeu basé sur la maîtrise collective, une gestion du groupe par la confiance et la responsabilité. Il développe aussi un talent pour identifier et faire progresser les jeunes joueurs. Cette expertise lui sera précieuse cinq ans plus tard, quand il devra rebâtir une sélection nationale.
Sélectionneur de France : le chemin vers 1998
Après Bordeaux, Jacquet traverse deux années noires : Montpellier (1989-1990, 7V-4N-12D) puis Nancy (1990-1991, 12V-11N-17D), sans jamais s'acclimater. Une précision qu'on lit rarement : il n'est pas l'entraîneur de la Coupe de France 1990 remportée par Montpellier : il avait quitté le club en cours de saison, et c'est Michel Mézy qui dirigeait l'équipe le 2 juin 1990 lors de la victoire 2-1 après prolongation contre le Racing Paris. Jacquet rejoint ensuite la Fédération Française de Football comme adjoint de Gérard Houllier en 1992-1993. Il devient sélectionneur principal en décembre 1993, après l'échec cuisant de la France à se qualifier pour le Mondial 1994 (le fameux "Bulgarie" avec le but de Kostadinov dans les arrêts de jeu).
Il hérite d'une équipe en crise et d'un effectif à reconstruire. Sa méthode : identifier les joueurs disponibles dans leur meilleure fenêtre de forme, construire un collectif rigoureux, travailler la solidité défensive. Il met Zidane au cœur du jeu créatif. Il relance des joueurs en difficulté. Il exige du travail, de l'humilité, de la discipline.
La polémique médiatique : quand tout le monde critiquait Jacquet
Un an avant le Mondial, la presse française s'est largement déchaînée contre Jacquet. Son style jugé trop défensif, son absence de stars, ses choix de joueurs discutés, sa communication fermée... Certains chroniqueurs le traitent d'"arrogant", d'"attardé", d'"homme du passé". L'Équipe du 6 juillet 1996 titre : "On n'y croit plus". En 1997, les sifflets accueillent l'équipe de France à Auxerre lors d'un match de qualification.
Jacquet supporte tout cela en silence, protégeant son groupe, travaillant dans l'ombre. Il construit un collectif soudé, uni contre l'adversité extérieure, préparé au millimètre. Son Euro 1996, pourtant jusqu'en demi-finale (perdu aux tirs au but contre la République Tchèque), est jugé insuffisant par une presse avide de spectacle.
La France bat le Brésil 3-0 en finale de la Coupe du Monde à Saint-Denis. Deux buts de Zidane (de la tête), un but d'Emmanuel Petit dans les arrêts de jeu. Didier Deschamps soulève le trophée. Aimé Jacquet, 56 ans, éclate en sanglots sur le banc de touche. Il est champion du monde. L'homme que la presse avait enterré pendant quatre ans venait de réaliser l'exploit de toute une génération. Il annonce son départ de la sélection immédiatement après.
Le Mondial 1998 en chiffres
L'arc d'une carrière : de l'OL à la gloire mondiale
231 matchs, 5 titres de champion (1964, 1967, 1968, 1969, 1970) et 2 Coupes de France. L'école de la victoire.
Fin de carrière. 27 matchs, 3 buts. Dernier club.
Quatre ans difficiles. Pas de titre. Risque de relégation. Mais une école de la résistance.
3 L1, 2 CF, demi-finale Coupe d'Europe. La confirmation d'un grand coach.
5 ans sous les critiques. 36 victoires, 12 nuls et 5 défaites en 53 matchs. Euro 1996 (demi). Mondial 1998.
France 3-0 Brésil. L'apothéose. Larmes sur le banc de touche.
Après la gloire
Dès le soir du 12 juillet 1998, Jacquet annonce qu'il quitte la sélection. Il devient directeur technique national (DTN) de la Fédération Française de Football jusqu'en 2006, un poste où il structure la formation française et contribue à poser les bases du vivier de talents des années 2000. Il refuse une offre de sélectionneur de Corée du Sud (pour 1 million de dollars par an) pour rester en France dans son rôle de bâtisseur. Il prend ensuite sa retraite sportive et devient consultant.
Sa biographie "Dans nos cœurs on gagnait" (1998) retrace son parcours et sa vision du football. Elle révèle aussi l'homme meurtri par les critiques de la presse, qui avait conservé durant quatre ans chaque article négatif dans un tiroir. Il les a tous lus. Certains lui ont profondément blessé. Sa victoire a rendu la pareille à tous ceux qui avaient douté.
Palmarès
| Compétition | Nb | Détails |
|---|---|---|
| Coupe du Monde (entraîneur) | 1 | France 1998 |
| Ligue 1 (entraîneur) | 3 | Bordeaux 1984, 1985, 1987 |
| Coupe de France (entraîneur) | 2 | Bordeaux 1986, 1987 |
| Demi-finale C1 (entraîneur) | 1 | Bordeaux 1985 (vs Juventus) |
| Euro (entraîneur) | Demi 1996 | France 1996 (vs Rép. Tchèque, pen.) |
| Championnat de France (joueur) | 5 | ASSE 1964, 1967, 1968, 1969, 1970 |
| Coupe de France (joueur) | 2 | ASSE 1968, 1970 |
Et si l'OL l'avait gardé plus longtemps ?
La question est purement spéculative, mais elle est fascinante pour tout supporter lyonnais. Si l'OL avait maintenu Jacquet sur son banc dans les années 1980, si le club avait eu les moyens de construire une équipe compétitive autour de lui, quelle aurait été son histoire ? Aurait-il gagné ses titres à Lyon plutôt qu'à Bordeaux ? Aurait-il été recruté pour la sélection nationale depuis Lyon plutôt que depuis Bordeaux ?
On ne le saura jamais. Ce qu'on sait, c'est que les quatre années difficiles à l'OL ont trempé le caractère de Jacquet. Elles lui ont appris à gérer l'adversité, à travailler sans filet, à maintenir le cap quand tout va mal. Ce sont exactement les qualités qui lui ont permis de survivre à cinq ans de critiques médiatiques, et de sortir champion du monde en 1998.
L'OL a fait partie de son histoire. Il reste, pour les supporters lyonnais, un nom à part : l'un des leurs, sur le terrain et sur le banc, avant de devenir le plus grand.
Questions fréquentes sur Aimé Jacquet
Quand Aimé Jacquet a-t-il entraîné l'OL ?
De 1976 à 1980, soit quatre saisons et 183 matchs (65 victoires, 42 nuls, 76 défaites). Il avait aussi été joueur de l'OL juste avant, de 1973 à 1975.
Aimé Jacquet a-t-il remporté des titres avec l'OL ?
Non. En quatre saisons sur le banc lyonnais, il ne remporte aucun titre, le club frôlant même la relégation en 1979-1980.
Qu'a accompli Aimé Jacquet après l'OL ?
À Bordeaux (1980-1989), il gagne trois titres de champion de France (1984, 1985, 1987) et deux Coupes de France, puis devient champion du monde 1998 comme sélectionneur de l'équipe de France.
Aimé Jacquet a-t-il été joueur de l'OL ?
Oui. Il termine sa carrière de joueur à Lyon de 1973 à 1975 (27 matchs, 3 buts), après treize ans passés à Saint-Étienne.
Pourquoi le passage d'Aimé Jacquet à l'OL reste-t-il important ?
Ces quatre années difficiles ont forgé son caractère et sa gestion de l'adversité, des qualités décisives pour résister aux critiques et devenir champion du monde en 1998.