Entraîneur, 1954–1955, Meilleur gardien français du XXe siècle

Julien Darui

Une légende du football français sur le banc lyonnais. Julien Darui n'a passé qu'une saison à l'OL en tant qu'entraîneur, mais l'homme derrière le technicien est une figure hors du commun : élu meilleur gardien de but français du XXe siècle par L'Équipe en 1999, international à 25 reprises, champion de France 1947. Et après sa retraite, il a même stoppé des penaltys sous le chapiteau d'un cirque.

Julien Darui

Photo : J.D. Noske / Anefo, CC BY-SA 3.0 nl, via Wikimedia Commons

Nom completJulien Darui
Nationalité🇫🇷 Français (né au Luxembourg)
Naissance16 février 1916, Oberkorn (Luxembourg)
Décès12 décembre 1987, Dijon (71 ans)
Taille1,68 m
Poste (joueur)Gardien de but
À l'OL (entraîneur)1954 – 1955
DistinctionMeilleur gardien français du XXe siècle (L'Équipe, 1999)
Sélections France25 (1939–1951)
Club joueur principalCO Roubaix-Tourcoing (1945–1953)
N°1 Meilleur gardien français du XXe siècle (L'Équipe 1999)
254 Matchs avec Roubaix-Tourcoing (club d'une grande partie de sa carrière)
25 Sélections en équipe de France (1939–1951)
22 Matchs dirigés à l'OL (9V – 7N – 6D)

Une saison à Lyon, deuxième entraîneur de l'histoire du club

En 1954, Oscar Heisserer quitte le banc lyonnais après quatre ans de bons et loyaux services. Il faut lui trouver un successeur. Le choix se porte sur Julien Darui, qui vient d'entraîner Montpellier après plusieurs saisons au CO Roubaix-Tourcoing. À 38 ans, Darui est un homme d'expérience : ancien international, gardien de légende, il connaît le football dans ses moindres recoins.

Sa saison à Lyon est brève mais solide. Il dirige 22 matchs, avec un bilan de 9 victoires, 7 nuls et 6 défaites. Le club se maintient en Division 1, ce qui était l'objectif. À l'été 1955, Lucien Troupel lui succède sur le banc lyonnais. Darui ne laisse pas d'empreinte tactique majeure à l'OL, mais il y apporte le prestige d'un grand nom du football français.

Il faut dire les choses telles qu'elles sont : Julien Darui n'a jamais réussi sa reconversion d'entraîneur. C'est même l'un des rares points sombres d'une carrière autrement éclatante. Sauf que, dans ce parcours contrarié, l'OL est son meilleur banc.

Club entraînéPériodeVNDTotal% victoires
CO Roubaix-Tourcoing1949–195340364912532 %
SO Montpellier1953–195469264115 %
Olympique Lyonnais1954–19559762241 %
Cercle Dijon1959–1960Bilan non documenté-

Bilans d'entraîneur relevés sur Wikipédia (d'après RSSSF). Les 22 matchs lyonnais sont sa seule expérience avec un bilan positif.

Bilan à l'OL (1954–1955)

9
Victoires
7
Nuls
6
Défaites
22
Matchs total
9V (41%)
7N (32%)
6D (27%)

Le gardien qui a réinventé son poste

Pour comprendre pourquoi Julien Darui mérite une place à part dans l'histoire du football français, il faut remonter aux années 1940. À cette époque, le rôle du gardien est passif : on reste sur sa ligne, on attend les tirs, on arrête ce qu'on peut. Darui va changer cela.

Avec seulement 1,68 m au compteur, il aurait pu sembler désavantagé face aux buteurs de son époque. Il compense par une détente exceptionnelle et une lecture du jeu qui dépasse de loin la moyenne. Mais surtout, il révolutionne son poste en rendant le gardien beaucoup plus actif : sorties aériennes audacieuses, jeu au pied, communication avec la défense, capacité à écourter les angles rapidement. Des comportements aujourd'hui banals mais qui, dans les années 1940, étaient proprement révolutionnaires.

Le 10 mai 1947, Julien Darui est le gardien de l'équipe du Reste de l'Europe face à la Grande-Bretagne, à Hampden Park. Ce match de gala (organisé pour renflouer les caisses de la FIFA après la guerre, et qui rapportera 35 000 livres) oppose le meilleur du continent aux îles Britanniques. Darui est le seul gardien retenu pour représenter l'Europe entière. Cette sélection résume mieux que n'importe quel chiffre sa position dans la hiérarchie de son poste.

Champion de France 1947 avec Roubaix-Tourcoing

Le titre de champion de France, Darui ne le remporte pas avec un club parisien ou marseillais, mais avec le CO Roubaix-Tourcoing, club du nord de la France. Il y passe la plus grande partie de sa carrière : 254 matchs entre 1945 et 1953, un ancrage rare dans une époque où les transferts étaient déjà fréquents.

En 1947, le CO Roubaix-Tourcoing décroche son premier et unique titre de champion de France. Darui est dans les buts. Ce championnat marque le sommet de la carrière du gardien. La saison suivante, les Nordistes ne parviendront pas à défendre leur titre, mais Darui reste une référence nationale.

10 mai 1947, Hampden Park, Grande-Bretagne – Reste de l'Europe

1947 est l'année sommet de Julien Darui : champion de France avec Roubaix-Tourcoing, et surtout seul gardien retenu pour le « match du siècle ». Le 10 mai, à Hampden Park, devant 135 000 spectateurs, une sélection du Reste de l'Europe affronte la Grande-Bretagne pour renflouer la FIFA d'après-guerre. Les Britanniques l'emportent 6-1 : Darui encaisse six buts, dont une frappe de 30 mètres de Billy Steel restée célèbre. Être choisi pour garder les buts de tout un continent reste malgré tout la plus haute distinction jamais reçue par un futur entraîneur de l'OL.

Parcours d'un gardien hors norme

1935–1940 – Charleville puis Olympique lillois

74 matchs à Charleville, 57 matchs à Lille. Finaliste de la Coupe de France 1936 et 1939.

1938 – Dans le groupe France pour la Coupe du Monde

Retenu à 22 ans, mais encore sans sélection : c'est Laurent Di Lorto qui garde les buts sur les deux matchs. Darui devra attendre 1939 pour sa première cape.

1940–1942 – Red Star Olympique

Vainqueur de la Coupe de France 1942 avec le Red Star. Son seul trophée d'avant-guerre.

1945–1953 – CO Roubaix-Tourcoing (254 matchs)

Le club de sa vie. Champion de France 1947. Gardien de l'équipe d'Europe 1947 face aux Britanniques.

1953–1954 – SO Montpellier

24 matchs, premier contact avec le rôle d'entraîneur-joueur avant Lyon.

1954–1955 – Entraîneur de l'Olympique Lyonnais

Une saison. 9 victoires, 7 nuls, 6 défaites. Le club se maintient en Division 1.

Meilleur gardien du siècle : ce que ça représente

En 1999, le journal L'Équipe désigne le meilleur gardien français du XXe siècle. Le verdict tombe sur Julien Darui, devant toutes les générations suivantes, celles de Joël Bats, Bernard Lama ou Fabien Barthez, alors tout juste champion du monde et champion d'Europe. Cinquante ans après sa carrière, son nom reste le premier cité quand on évoque les légendes des cages françaises.

Ce classement s'appuie sur des critères qui vont bien au-delà des statistiques brutes. La façon dont Darui a transformé son poste, son impact sur les générations suivantes, sa domination pendant plus d'une décennie malgré une taille inférieure à la norme : tout cela contribue à cette reconnaissance tardive mais éclatante.

En 2022, So Foot classe Darui 65e dans son palmarès des 1000 meilleurs joueurs de l'histoire du championnat de France. Un demi-siècle après la fin de sa carrière, il est encore là, dans les classements, au milieu des stars contemporaines.

Après le football : dans les cages du cirque Jean Richard

La retraite de Julien Darui aurait pu être discrète, classique. Elle ne l'est pas. En 1957, le célèbre cirque Jean Richard lui propose un engagement surprenant : arrêter des penaltys sur la piste du cirque, devant le public. Et Darui accepte.

L'image est saisissante : le meilleur gardien français du siècle, celui qui a gardé les buts de l'Europe entière devant 135 000 personnes à Glasgow, se retrouve dans un chapiteau à stopper des ballons pour divertir les familles. Anecdote pittoresque ou témoignage d'une époque où les footballeurs professionnels ne vivaient pas les mêmes niveaux de salaire qu'aujourd'hui ? Un peu des deux, sans doute.

Il quitte d'ailleurs vite la piste pour ouvrir un café à Dijon, un retour aux sources : ses parents tenaient un café à Audun-le-Tiche, dans la cité minière lorraine où il a grandi. Il y entraînera encore le club local, le Cercle Dijon, en 1959-1960, avant de s'éteindre dans cette même ville en 1987.

Anecdote : En 1957, deux ans après avoir quitté le banc de l'OL, Julien Darui est engagé par le cirque Jean Richard pour arrêter des penaltys sur la piste, devant le public. Le meilleur gardien du XXe siècle en représentation sous un chapiteau. Une image qui lui ressemble.

Palmarès complet

CompétitionNombreDétails
Champion de France (joueur)1CO Roubaix-Tourcoing 1947
Coupe de France (joueur)1Red Star Olympique 1942
Finaliste Coupe de France (joueur)31936, 1939, 1945
Coupe du Monde 1938 (joueur)-Retenu dans le groupe France, n'entre pas en jeu (0 sélection à l'époque)
Élu meilleur gardien français du XXe s.1L'Équipe, 1999
Sélectionné dans l'équipe du Reste de l'Europe1Grande-Bretagne 6-1 Europe, Hampden Park, 10 mai 1947
Top 1000 des joueurs du championnat de France65eClassement So Foot, 2022
← Oscar Heisserer (1950–1954) Lucien Troupel (1955–1959) →

Questions fréquentes sur Julien Darui

Quand Julien Darui a-t-il entraîné l'OL ?

Sur la saison 1954-1955. Il est le deuxième entraîneur de l'histoire du club, succédant à Oscar Heisserer, et dirige 22 matchs avant que Lucien Troupel ne prenne le relais.

Quel était le bilan de Julien Darui à l'OL ?

9 victoires, 7 nuls et 6 défaites en 22 matchs. Le club se maintient en Division 1, ce qui était l'objectif fixé.

Pourquoi Julien Darui est-il une légende du football français ?

Gardien de but, il a été élu meilleur gardien français du XXe siècle par L'Équipe en 1999, devant Fabien Barthez ou Bernard Lama. Il a révolutionné son poste en le rendant beaucoup plus actif, malgré une taille de 1,68 m.

Quel est le palmarès de joueur de Julien Darui ?

Champion de France 1947 avec le CO Roubaix-Tourcoing, vainqueur de la Coupe de France 1942 avec le Red Star, et 25 sélections en équipe de France entre 1939 et 1951.

Quelle anecdote insolite a marqué l'après-carrière de Darui ?

En 1957, le cirque Jean Richard l'engage pour arrêter des penaltys sur la piste, devant le public. Le meilleur gardien français du siècle en représentation sous un chapiteau.