Le premier de tous
L'Olympique Lyonnais est fondé en 1950. L'OL n'a pas de palmarès, pas d'histoire, pas de stars. C'est un club en construction, ambitieux mais modeste. Il lui faut quelqu'un pour démarrer. Ce quelqu'un, c'est Oscar Heisserer.
À 36 ans, Heisserer n'est pas un inconnu : il est l'un des grands noms du football français des années 1930-40, une légende du RC Strasbourg et une figure respectée en équipe de France. Mais sa carrière de joueur est derrière lui. Il se tourne vers l'entraînement au LOU (Lyon Olympique Universitaire) en 1949, puis franchit le Rhône pour prendre les rênes du tout nouvel OL en 1950.
Il devient ainsi le premier homme à inscrire son nom sur le banc de touche de l'Olympique Lyonnais. Toute la chaîne des entraîneurs qui suivra, de Jacquet à Santini, de Tigana à Houllier, débute avec lui.
Joueur et entraîneur en même temps
Au début de son passage lyonnais, Heisserer porte une double casquette rare : il est joueur-entraîneur. Entre 1950 et 1952, il enfile encore les crampons et dispute 2 matchs avec l'OL, inscrivant même un but. Une époque révolue où les frontières entre le terrain et le banc n'étaient pas aussi tranchées qu'aujourd'hui.
Cette double présence témoigne d'une génération de footballeurs qui transmettaient leur expérience en continuant à jouer, parfois jusqu'à un âge avancé. Heisserer avait encore le football dans les jambes et n'hésitait pas à montrer l'exemple sur le terrain.
Le saviez-vous ? Le tout premier entraîneur de l'OL est aussi l'un des tout premiers buteurs du club en Division 1 : son unique but sous le maillot lyonnais, inscrit alors qu'il avait dépassé les 36 ans, est un but de l'élite. Un entraîneur qui marque pour son propre club en championnat de France : la scène est devenue rigoureusement impensable.
1951 puis 1954 : deux fois champion de D2, deux montées
La réalisation la plus connue du passage de Heisserer à Lyon tient en une ligne : champion de Division 2 en 1951, dès la première saison d'existence du club. 50 points, 75 buts marqués, et l'accession immédiate à l'élite du football français. C'est le premier trophée de l'histoire de l'OL.
Ce qu'on oublie presque toujours, c'est la suite. La première saison en Division 1 tourne court : en 1951-1952, l'OL termine 17e avec 20 points, 38 buts marqués pour 78 encaissés, et redescend aussitôt. Heisserer n'est pas remercié pour autant, et c'est ce qui rend son passage remarquable.
Après une saison de transition (8e de D2 en 1952-1953), il reconstruit une équipe et la ramène au sommet : champion de Division 2 une seconde fois en 1954, cette fois avec 58 points et 108 buts marqués en 38 matchs. Cette remontée-là est la bonne : l'OL ne quittera plus la Division 1 avant 1983.
Deux titres de D2, deux montées, une relégation : le vrai bilan d'Oscar Heisserer à Lyon n'est pas celui d'un fondateur tranquille, mais celui d'un homme qui a fait le travail deux fois. Sans la seconde montée, celle de 1954, l'histoire du club aurait pu s'écrire tout autrement.
108 buts marqués en une saison de championnat : c'est le total inscrit par l'OL de Heisserer en 1953-1954, porté par Ernest Schultz et ses 23 réalisations. Le club termine premier avec 58 points et 5 défaites seulement, et remonte en Division 1 pour n'en plus ressortir pendant vingt-neuf ans. Le premier titre, celui de 1951, avait ouvert la porte ; celui de 1954 l'a maintenue ouverte.
Bilan à l'OL (1950–1954)
| Période | V | N | D | Total | Résultat notable |
|---|---|---|---|---|---|
| 1950–1951 | 23-4-5 (D2) | 50 pts | 🏆 1er de Division 2, montée en D1 | ||
| 1951–1952 | 7-6-21 (D1) | 20 pts | 17e de Division 1, relégation | ||
| 1952–1953 | 12-9-13 (D2) | 33 pts | 8e de Division 2 | ||
| 1953–1954 | 25-8-5 (D2) | 58 pts | 🏆 1er de Division 2, remontée en D1 (108 buts marqués) | ||
| Total (4 ans) | 81 | 34 | 57 | 172 | 2 titres de D2, 47 % de victoires |
Les colonnes V-N-D par saison sont celles du championnat seul ; le total de 172 matchs inclut la Coupe de France. Sources : bilan saison par saison de l'OL et infobox Wikipédia.
Répartition des 172 matchs dirigés à l'OL
81 victoires, 34 nuls, 57 défaites (taux de victoire : 47%)
L'Alsacien qui a dit non aux nazis
La vie d'Oscar Heisserer dépasse largement le cadre du football. Derrière le technicien, il y a un homme dont le courage pendant la Seconde Guerre mondiale mérite d'être raconté.
Lorsque l'Alsace est annexée par l'Allemagne nazie en 1940, Heisserer est dans la force de l'âge, au sommet de sa notoriété sportive. Les autorités allemandes lui font une proposition flatteuse : devenir entraîneur de l'équipe nationale allemande. Il refuse catégoriquement. Un Alsacien, certes, mais français dans l'âme.
La situation empire. En 1943, face à la menace d'être incorporé de force dans la Wehrmacht, Heisserer prend une décision radicale : il fuit en Suisse. Et il ne part pas les mains vides : il part avec l'identité d'un mort. Avec la complicité de son coéquipier Léon Vuillard, il devient Louis-Henri Malaisé et gagne la Suisse en passant par Nancy.
Le plus fort est ailleurs : pour protéger son épouse enceinte restée en Alsace, il fait courir le bruit qu'il s'est enfui avec une danseuse. Sa femme demande le divorce pour accréditer l'alibi. Pendant son absence naît sa fille Francine ; pour la mettre à l'abri des représailles, sa mère laisse dire qu'elle est la fille d'un officier allemand. À la Libération, Oscar Heisserer réépouse sa femme et reconnaît sa fille.
Caché en Suisse, il attend. Puis en août 1944, il se présente à Pontarlier, s'engage dans l'armée française de la Libération et participe à la bataille d'Alsace. Cet homme qui avait refusé de servir l'Allemagne contribue à libérer sa région natale les armes à la main. Il dira plus tard que son plus grand regret est cette guerre qui lui a pris ses meilleures années de footballeur : il avait 26 ans en 1940, 31 à la Libération.
À retenir : Heisserer a refusé de devenir entraîneur de l'équipe d'Allemagne nazie, fui en Suisse en 1943 sous une fausse identité, et participé à la libération de l'Alsace en 1944. Il est considéré comme le meilleur joueur alsacien de tous les temps.
Sa carrière de joueur : légende alsacienne et capitaine de France
Avant d'arriver à Lyon, Heisserer a été l'un des meilleurs milieux de terrain de sa génération. Formé au FC Bischwiller, où il enlève deux titres consécutifs de champion d'Alsace (1933 et 1934), il rejoint le RC Strasbourg en 1934 et y inscrit 32 buts en 82 matchs, un ratio remarquable pour un milieu. En 1938, il est transféré au RC Paris, alors l'un des tout meilleurs clubs français (60 matchs, 25 buts), avant de revenir au RC Strasbourg, où il joue jusqu'en 1949 avec l'interruption des années de guerre (98 matchs, 29 buts au total pour son deuxième passage).
En équipe de France, il cumule 25 sélections et 8 buts entre 1936 et 1948, portant le brassard de capitaine à sept reprises. Il participe à la Coupe du Monde 1938 en France, où il est l'un des piliers des Bleus avec Jean Nicolas : en quart de finale contre l'Italie, tenante et future championne du monde, il ouvre le score dès la 10e minute avant que la France ne s'incline 1-3.
Mais le match dont il parlera toute sa vie est ailleurs. Le 26 mai 1945, trois semaines après la capitulation allemande, la France se déplace à Wembley. Heisserer égalise : 2-2 contre l'Angleterre, chez elle. Pour un Alsacien qui avait fui sous une fausse identité deux ans plus tôt, marquer sous le maillot bleu dans le temple du football anglais avait un goût particulier.
Il est depuis reconnu comme le meilleur joueur alsacien de tous les temps, une distinction qui en dit long sur l'empreinte qu'il a laissée dans sa région natale.
Trajectoire d'une vie
L'Alsace est alors sous domination allemande depuis 1871. Il grandit dans une région disputée.
7 fois capitaine. Coupe du Monde 1938 en France. Sommets de sa carrière de joueur.
Refuse d'être incorporé à la Wehrmacht. Son épouse demande le divorce pour le protéger.
Rejoint l'armée française de libération. Participe à la reconquête de sa région natale.
Le club vient d'être fondé. Il pose les premières pierres de ce qui deviendra l'OL.
Premier titre de l'histoire du club en 1951. Relégation dès 1952, puis seconde montée en 1954, celle qui installe durablement l'OL en Division 1.
Entraîne encore le RC Strasbourg (1955-56) et le SR Colmar avant de raccrocher.
Palmarès complet
| Compétition | Nombre | Détails |
|---|---|---|
| Champion de D2 (entraîneur) | 2 | OL 1951 (entraîneur-joueur) et OL 1954, deux montées en Division 1 |
| Coupe de France (joueur) | 3 | RC Paris 1939, 1940, 1945 |
| Champion d'Alsace (joueur) | 2 | FC Bischwiller 1933, 1934 |
| Coupe du Monde (joueur) | Quart de finale | France 1938 (1-3 contre l'Italie, but de Heisserer) |
Questions fréquentes sur Oscar Heisserer
Qui est le premier entraîneur de l'histoire de l'OL ?
Oscar Heisserer. En 1950, à 36 ans, cet Alsacien devient le tout premier homme à s'installer sur le banc de l'Olympique Lyonnais, alors fraîchement fondé.
Qu'a remporté Oscar Heisserer avec l'OL ?
Deux titres de champion de Division 2, en 1951 et en 1954. Le premier offre au club sa toute première montée en Division 1 et reste le premier trophée de son histoire. Le second intervient après la relégation de 1952 : il ramène l'OL dans l'élite, qu'il ne quittera plus avant 1983.
Quel était le bilan d'Oscar Heisserer à l'OL ?
Sur quatre saisons (1950-1954) et 172 matchs dirigés, il totalise 81 victoires, 34 nuls et 57 défaites, soit un taux de victoire de 47 %.
Pourquoi Oscar Heisserer est-il considéré comme un héros ?
Il a refusé de devenir entraîneur de l'équipe d'Allemagne nazie, fui en Suisse en 1943 sous une fausse identité pour échapper à la Wehrmacht, puis participé à la libération de l'Alsace en 1944. Il est considéré comme le meilleur joueur alsacien de tous les temps.
Qui a succédé à Oscar Heisserer sur le banc de l'OL ?
Julien Darui, gardien de légende, lui succède en 1954 et devient le deuxième entraîneur de l'histoire du club.