Fils de réfugié, citoyen français, joueur de l'élite
L'histoire de Manuel Fernández commence de l'autre côté des Pyrénées. Il naît le 1er février 1922 à Lada, hameau de la commune de Langreo, dans les Asturies : le bassin minier de l'Espagne, une vallée de puits de charbon et de corons. Son père est mineur, et il est réfugié en France, comme des dizaines de milliers d'Asturiens de cette génération.
On ignore la date exacte de l'exil familial, mais le premier club de Manuel dit l'essentiel : le RC Lens, au cœur du bassin minier du Nord. De la mine des Asturies à la mine du Pas-de-Calais, puis du carreau de fosse au terrain de football : ce chemin, de Langreo aux vestiaires de la Division 1 française, résume à lui seul les trajectoires de toute une génération d'enfants de l'immigration espagnole. Il sera naturalisé français.
Avant de trouver son port d'attache, il passe une saison au Stade clermontois (1946-1947), alors en Division 2. Puis, en 1947, l'AS Saint-Étienne l'appelle. Il a 25 ans ; il ne quittera plus le Forez pendant quatorze ans.
Huit ans sous le maillot vert
C'est à Saint-Étienne que Manuel Fernández construit sa carrière professionnelle. De 1947 à 1955, il dispute 255 matchs toutes compétitions (dont 230 en Division 1) avec l'AS Saint-Étienne, inscrivant 1 but. Arrière gauche ou intérieur gauche, il est un joueur fiable, rigoureux, apprécié pour son engagement défensif. En 1955, il remporte avec les Verts la Coupe Charles Drago, une compétition disparue en 1965, réservée aux clubs professionnels éliminés de la Coupe de France avant les quarts de finale, une sorte de repêchage national. C'est le seul trophée de sa carrière de joueur.
Ses performances lui valent 11 sélections en équipe de France B, reconnaissance de sa qualité dans le football hexagonal de l'époque. Il ne franchit pas la porte de l'équipe A, mais le niveau B témoigne d'un joueur au-dessus de la moyenne.
Sa fidélité stéphanoise dépasse d'ailleurs largement sa carrière de joueur : après 1955, il reste au club six saisons de plus comme entraîneur-joueur de l'équipe amateur (1955-1961). Soit quatorze ans à l'ASSE, sans interruption. Le club lui rendra un hommage durable : une avenue porte son nom aux abords du stade Geoffroy-Guichard. Une avenue Fernández à côté du Chaudron, pour un homme qui a ensuite entraîné l'OL. Le football a parfois de ces ironies généreuses.
À noter : Manuel Fernández a joué 8 ans à l'AS Saint-Étienne (255 matchs) avant de devenir entraîneur de l'Olympique Lyonnais. Un ancien Stéphanois sur le banc de l'ennemi historique, une situation qui n'est pas sans rappeler Jacques Santini, quarante ans plus tard.
Entraîneur de l'OL : une saison charnière (1961–1962)
Après avoir accompagné l'équipe amateur de Saint-Étienne comme entraîneur-joueur (1955-1961), Fernández passe sur le banc de l'Olympique Lyonnais en 1961. Il succède à Gaby Robert et dirige le club pendant une saison complète, 47 matchs au total.
| Saison | V | N | D | Total | Compétition |
|---|---|---|---|---|---|
| 1961–1962 | 18 | 8 | 21 | 47 | D1 (16e, 33 pts) + Coupe de France + Coupe des villes de foires |
Bilan global d'après l'infobox Wikipédia de Manuel Fernández ; classement et détail du championnat d'après le bilan saison par saison de l'OL. En championnat seul : 13V-7N-18D.
18 victoires, 8 nuls, 21 défaites en une saison
Le bilan est difficile (16e de Division 1 sur 20, avec 33 points et 67 buts encaissés), mais l'OL de 1961-62 est encore un club en construction, et le maintien est acquis. Fernández transmet le banc à Lucien Jasseron à l'été 1962 : dès la saison suivante, l'OL sera finaliste de la Coupe de France, puis vainqueur en 1964. Fernández aura été le dernier entraîneur de l'OL d'avant les trophées.
4-2 contre Sheffield Wednesday : la première victoire européenne à Gerland
Sa saison lyonnaise contient un moment que l'histoire du club a oublié. En 1961-1962, l'OL dispute sa troisième Coupe des villes de foires et affronte au premier tour Sheffield Wednesday, alors l'un des cadors du championnat anglais.
À Gerland, Lyon s'impose 4-2. C'est la première victoire européenne de l'OL à domicile : jusque-là, le club avait fait 1-1 contre l'Inter Milan et perdu 1-3 contre la sélection de Cologne devant son public. Le retour en Angleterre tourne court (2-5) et l'OL est éliminé sur l'ensemble des deux matchs, mais quatre buts passés à une équipe anglaise de premier plan restent, pour l'époque, un résultat remarquable.
Une fin tragique sur la route d'un match
Le 9 janvier 1971, Manuel Fernández est tué dans un accident de la route, dans le département de la Loire, à l'âge de 48 ans. Il rentrait d'un match disputé par l'équipe de L'Étrat, petite commune des environs de Saint-Étienne, dont il était entraîneur-joueur. À 48 ans, il jouait donc encore.
Une vie entière consacrée au football, du fils de mineur asturien réfugié en France au technicien modeste qui, vingt ans après la Division 1, chausse encore les crampons pour le club du village voisin. Il meurt comme il avait vécu : en revenant d'un match.
Cette fin précoce explique en partie pourquoi sa carrière est si peu documentée. Pas de long automne d'entraîneur au sommet, pas d'interviews tardives, pas de livre de souvenirs. Juste une carrière, un dévouement, et une avenue à Saint-Étienne qui porte son nom.
Palmarès
| Compétition | Nombre | Détails |
|---|---|---|
| Coupe Charles Drago (joueur) | 1 | AS Saint-Étienne 1955 |
| Sélections France B (joueur) | 11 | Équipe de France B |
Questions fréquentes sur Manuel Fernández
Quand Manuel Fernández a-t-il entraîné l'OL ?
Lors de la saison 1961-1962, une saison complète de 47 matchs. Il succède à Gaby Robert et transmet ensuite le banc à Lucien Jasseron.
Quel a été le bilan de Fernández à l'OL ?
18 victoires, 8 nuls et 21 défaites sur 47 matchs. Un bilan difficile pour un OL encore en construction au début des années 1960.
Quel club a marqué la carrière de joueur de Manuel Fernández ?
L'AS Saint-Étienne, où il a disputé 255 matchs entre 1947 et 1955, dont 230 en Division 1, et remporté la Coupe Drago 1955.
Comment Manuel Fernández est-il décédé ?
Dans un accident de la route, le 9 janvier 1971, à 48 ans, dans le département de la Loire. Il rentrait d'un match de L'Étrat, petite commune proche de Saint-Étienne, dont il était encore entraîneur-joueur.
Pourquoi le parcours de Fernández est-il singulier vis-à-vis de Saint-Étienne ?
Ancien Stéphanois fidèle pendant huit ans, il est ensuite passé sur le banc de l'OL, l'ennemi historique. Une avenue porte aujourd'hui son nom aux abords du Stade Geoffroy-Guichard.