Photo : Winterbergen / Anefo, CC BY-SA 3.0 nl, via Wikimedia Commons
Le Français oublié du Real Madrid
Le nom de Raymond Kopa est attaché pour l'éternité au Real Madrid. Arrivé en 1956, le Reimois a remporté trois Coupes d'Europe avec les Merengues et marqué l'histoire du football européen. Mais avant Kopa, avant sa légende, il y avait Louis Hon.
De 1950 à 1953, Louis Hon joue 47 matchs en tant que défenseur central au Real Madrid, faisant de lui le premier Français professionnel de l'histoire du club royal. Un pionnier méconnu, dans la même ville, dans le même club, sur la même pelouse, six ans avant Kopa.
Son transfert à Madrid ne résulte pas d'un choix délibéré. Lorsque le Stade français éclate à la suite de problèmes institutionnels, ses joueurs sont transférés sans que leur accord soit réellement sollicité. Hon se retrouve ainsi à Madrid contre sa volonté initiale. Une époque où les joueurs avaient peu de poids dans les décisions qui les concernaient.
Un transfert qui lui coûta sa carrière internationale : À cette époque, les joueurs évoluant hors de France n'étaient pas sélectionnables en équipe nationale. En partant à Madrid, Louis Hon perd automatiquement sa place en équipe de France, où il comptait déjà 12 sélections. Un sacrifice involontaire mais lourd de conséquences.
Une carrière entre Paris, Madrid et la Côte d'Azur
Né à Couches-les-Mines en Saône-et-Loire, Louis Hon grandit dans le monde ouvrier bourguignon. Athlète avant d'être footballeur (il excelle en athlétisme dans sa jeunesse et vient tard au ballon), il est repéré à l'UMS Montélimar par la VGA Saint-Maur, qui le recrute. Officiellement amateur, il y écope même d'une suspension pour « amateurisme douteux », formule d'époque pour désigner un joueur payé sous le manteau. Il passe professionnel en 1946.
Il devient alors l'un des piliers de la grande équipe du Stade français d'après-guerre, où il joue sous les ordres d'un jeune entraîneur nommé Helenio Herrera (le futur maître du catenaccio de l'Inter Milan) aux côtés de Larbi Ben Barek, « la perle noire », l'un des plus grands joueurs de l'histoire du football français. C'est là qu'il gagne ses douze sélections : en 1949, il est titulaire en défense centrale des Bleus et dispute tous les matchs internationaux de l'année.
Son retour du Real Madrid en 1953 ne met pas fin à sa carrière. Il retourne au Stade français (1953-55) et décroche même le titre de champion de Paris en 1954, avant de raccrocher les crampons au Stade raphaëlois (1955-57) dans le Var, région où il finira sa vie.
Entraîneur en Espagne : Coupe d'Espagne 1966 avec Saragosse
Sa retraite de joueur en 1957 marque le début d'une longue carrière de technicien. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne manque pas d'ambition géographique. Louis Hon entraîne successivement en Espagne (Real Jaén, Atlético Ceuta, Racing Santander, Celta de Vigo, Betis Séville) avant d'atteindre le sommet de son parcours ibérique : le Real Saragosse.
Avec Saragosse, il remporte la Coupe d'Espagne en 1966, un titre majeur dans le football ibérique. C'est un homme auréolé de ce succès qui débarque sur le banc de l'Olympique Lyonnais, quelques semaines plus tard, à l'été 1966. Il connaît les grandes occasions, il sait gérer une finale.
Deux coupes nationales, deux pays, deux saisons de suite. Coupe d'Espagne en 1966 avec le Real Saragosse, Coupe de France en 1967 avec l'OL : Louis Hon est l'un des très rares techniciens français à avoir remporté la coupe nationale de deux pays différents, et il l'a fait deux années consécutives.
Son bilan à l'OL (1966–1968)
| Saison | Classement D1 | Pts | V-N-D (champ.) | Coupe de France | Europe |
|---|---|---|---|---|---|
| 1966-1967 | 15e | 34 | 10-14-14 | 🏆 Vainqueur (3-1 vs Sochaux) | - |
| 1967-1968 | 12e | 36 | 12-12-14 | 8es de finale | Quart de finale de Coupe des Coupes |
| Total OL | 95 matchs : 33V – 29N – 33D (35 %) | ||||
Contraste saisissant : Louis Hon a le taux de victoire le plus bas de tous les entraîneurs lyonnais des années 1960, et c'est pourtant lui qui gagne la Coupe de France. Les colonnes par saison portent sur le championnat seul.
1968 : l'OL sort Tottenham et retrouve Hambourg
Vainqueur de la Coupe, l'OL dispute la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupe 1967-1968, et signe l'un des plus beaux coups de son histoire ancienne. Après avoir écarté le FC Aris Bonnevoie (2-1, 3-0), Lyon tombe en huitième sur Tottenham Hotspur, vainqueur de l'épreuve en 1963 et l'un des cadors anglais du moment.
À Gerland, l'OL gagne 1-0. À White Hart Lane, Tottenham mène 2-0 à la pause grâce à un doublé de Jimmy Greaves, puis s'impose 4-3 au terme d'un match fou. Total : 4-4. Mais la règle des buts à l'extérieur, introduite deux ans plus tôt, tranche en faveur de Lyon : 3 buts marqués en Angleterre contre 0 pour les Spurs à Gerland. L'OL élimine Tottenham.
En quart de finale, il retrouve le Hambourg SV, déjà battu en 1964. Même scénario, dénouement inverse : 2-0 à Gerland, 0-2 en Allemagne, puis 0-2 au match d'appui, encore joué à l'extérieur. Les Allemands prennent leur revanche à quatre ans d'intervalle, et iront jusqu'en finale, battus après prolongation par le Milan AC. Éliminer Tottenham puis ne céder qu'au futur finaliste : derrière la demi-finale de 1964, c'est le meilleur parcours européen de l'OL au XXe siècle, à égalité avec le quart de finale de Coupe UEFA 1999.
La Coupe de France 1967 : de Gaulle dans les tribunes
Trois ans après la première Coupe de France de Jasseron (1964), Louis Hon offre au club son deuxième trophée national. Le dimanche 21 mai 1967, au Parc des Princes, devant 32 523 spectateurs, l'OL bat le FC Sochaux 3-1.
Le scénario : Angel Rambert ouvre le score à la 22e, Louis Leclerc égalise pour Sochaux à la 33e, puis Lyon fait la différence en fin de match : André Perrin à la 81e, Fleury Di Nallo, capitaine, à la 89e.
Le jour où de Gaulle a rendu le ballon. Cette finale marquait le cinquantenaire de la Coupe de France : le président de la République Charles de Gaulle était dans les tribunes. Sur un dégagement du Lyonnais Hector Maison, le ballon a atterri… directement dans les mains du chef de l'État, qui l'a tranquillement renvoyé aux Sochaliens. C'est resté l'une des images les plus racontées de l'histoire de la compétition.
Le onze de Louis Hon : Zewulko – Kuffer, Le Borgne, Glyczinski – Degeorges, Maison – Rocco, Nouzaret, Perrin, Di Nallo (capitaine), Rambert. Comme trois ans plus tôt, l'équipe qui gagne la Coupe contient de futurs entraîneurs de l'OL : Marcel Le Borgne, déjà présent en 1964, et Robert Nouzaret, qui reviendra sur le banc lyonnais en 1985.
Ces Coupes de France 1964 et 1967, rejointes plus tard par celle de 1973, sont les seuls trophées majeurs de l'OL dans l'élite avant le premier titre de champion de Santini en 2002. Surtout, il aura fallu attendre 52 ans pour voir Lyon enfin sacré champion de France. Ce n'est pas un hasard si ces Coupes sont si célébrées dans la mémoire lyonnaise : elles ont longtemps été les seuls trophées du club au plus haut niveau.
Un technicien sans frontières
Après l'OL, Hon continue à entraîner sur plusieurs tableaux : Angers SCO, Pontevedra CF en Espagne, AC Ajaccio (deux passages), l'Olympique avignonnais, le Paris FC et enfin le FC Lorient. Un itinéraire qui dit tout sur sa nature de nomade du football, à l'aise aussi bien en Espagne qu'en France, aussi bien dans un grand club que dans un club de province : seize postes d'entraîneur en vingt ans, dans deux pays.
Sa saison la plus impressionnante en chiffres n'est d'ailleurs ni à Lyon ni à Saragosse, mais à Angers SCO en 1968-1969 : 41 victoires, 12 nuls, 10 défaites en 63 matchs, soit 65 % de succès. Une anomalie statistique dans une carrière où il aura surtout été l'homme des reconstructions.
Il s'éteint le 5 janvier 2008 à Fréjus, à 83 ans, dans ce Var où il avait terminé sa carrière de joueur au Stade raphaëlois un demi-siècle plus tôt. L'Équipe lui consacre un article deux jours plus tard, sous un titre laconique : « Hon est mort ».
Trajectoire : du Bernabéu à Gerland
Titulaire en défense centrale. Fin de carrière internationale due au transfert à Madrid.
Premier Français professionnel du club royal. Transféré contre sa volonté lors de l'éclatement du Stade français.
Retour en France, dernier titre en tant que joueur.
Real Jaén, Ceuta, Santander, Celta, Betis, Saragosse. Coupe d'Espagne 1966 avec Real Saragosse.
Deux saisons. Deuxième Coupe de France de l'histoire du club.
Angers, Pontevedra, Ajaccio, Paris FC, Lorient. Un technicien jusqu'au bout.
Palmarès complet
| Compétition | Nombre | Détails |
|---|---|---|
| Coupe de France (entraîneur) | 1 | Olympique Lyonnais 1967 |
| Coupe d'Espagne (entraîneur) | 1 | Real Saragosse 1966 |
| Champion D2 Espagne (entraîneur) | 1 | Racing Santander 1960 |
| Champion de Paris (joueur) | 1 | Stade français 1954 |
Questions fréquentes sur Louis Hon
Quels titres Louis Hon a-t-il remportés avec l'OL ?
La Coupe de France 1967, deuxième titre national de l'histoire du club. C'est le seul trophée qu'il décroche sur le banc lyonnais, lors de ses deux saisons à la tête de l'équipe.
Quand Louis Hon a-t-il entraîné l'OL ?
De 1966 à 1968, soit deux saisons. Il succède à Lucien Jasseron, vainqueur de la Coupe de France 1964.
Pourquoi Louis Hon occupe-t-il une place à part dans le football français ?
Avant Raymond Kopa, il fut le premier Français professionnel de l'histoire du Real Madrid, où il a disputé 47 matchs comme défenseur central entre 1950 et 1953.
L'OL a-t-il déjà éliminé Tottenham en coupe d'Europe ?
Oui, en 1968, sous Louis Hon. En huitième de finale de la Coupe des vainqueurs de coupe, l'OL gagne 1-0 à Gerland puis s'incline 4-3 à White Hart Lane. Total 4-4 : Lyon passe grâce à la règle des buts marqués à l'extérieur, 3 contre 0.
Qu'avait gagné Louis Hon juste avant d'arriver à Lyon ?
La Coupe d'Espagne 1966 avec le Real Saragosse, quelques semaines avant de prendre le banc de l'OL. Deux Coupes nationales dans deux pays en deux saisons.
Louis Hon a-t-il été international français ?
Oui, 12 sélections en équipe de France entre 1947 et 1949. Son transfert au Real Madrid lui a coûté sa place chez les Bleus, les joueurs évoluant à l'étranger n'étant alors pas sélectionnables.