Un gone, en parler lyonnais, c'est un enfant, un gamin. L'équivalent local du mot familier gosse. Par extension, le mot désigne un habitant de Lyon : un vrai gone est un Lyonnais d'origine. Appeler les joueurs de l'Olympique lyonnais les Gones, c'est donc simplement dire que cette équipe est celle de la ville.
Son étymologie, en revanche, n'a jamais été tranchée. Deux pistes s'affrontent depuis longtemps, et les linguistes n'en retiennent aucune avec certitude.
Ce que le mot veut dire
1. Enfant, gamin, garçon. Équivalent régional du mot gosse.
2. Par extension, habitant de Lyon. Un vrai gone désigne un Lyonnais d'origine.
3. Au pluriel et avec majuscule, les Gones : les joueurs de l'Olympique lyonnais, et par glissement ses supporters.
Le premier sens est le seul qui ait existé pendant longtemps. Un gone, c'était le gamin de la rue, celui qu'on croisait dans les pentes ou sur les quais, et le mot appartenait au registre familier au même titre que fenotte pour une femme ou bugne pour la pâtisserie de carnaval. C'est un mot de parler local, pas d'argot de club.
Le glissement vers le sens d'habitant de Lyon est venu ensuite, et c'est lui qui rend le surnom possible. Sans ce second sens, appeler une équipe professionnelle « les enfants » n'aurait aucun sens. Avec lui, l'affaire devient limpide : les Gones, ce sont les Lyonnais.
D'où vient le mot, et pourquoi personne n'en est sûr
C'est le point que les articles rapides escamotent : l'origine du mot gone est inconnue. Deux hypothèses circulent, elles sont anciennes, elles sont toutes les deux séduisantes, et elles butent toutes les deux sur un problème sérieux.
La plus souvent citée. Elle rattache le mot à la famille du gaulois, puis du bas latin gunna, qui désignait un vêtement de peau. Le terme donne gonne en ancien français, la robe longue portée par les moines.
De là seraient venues les formes régionales goné et goner, au sens de mal habillé, vêtu de hardes. Le gone serait donc d'abord l'enfant dépenaillé.
La plus flatteuse pour Lyon. Elle fait venir gone du grec gonos, qui signifie l'enfant, le rejeton. L'argument historique existe : Lugdunum a été une colonie gréco-romaine, et la ville aurait gardé de son passé quelques mots isolés.
Cette hypothèse a l'avantage de la simplicité sémantique : le sens est identique aux deux extrémités, il n'y a aucun glissement à expliquer.
Les deux hypothèses sont écartées par les linguistes comme insatisfaisantes sur le plan historique et sémantique. En clair, on ne sait pas. C'est aussi ce qui rend le mot intéressant : il est un des rares régionalismes lyonnais dont l'origine résiste encore.
De Guignol au virage nord
Le mot ne serait sans doute pas arrivé jusqu'à nous sans deux relais.
Le premier est Guignol. Le théâtre de marionnettes né à Lyon au début du XIXe siècle avec Laurent Mourguet a fixé par écrit tout un vocabulaire local qui, sans lui, serait resté oral et se serait perdu. La littérature née autour de Guignol emploie le mot, et c'est en partie par là qu'il a traversé le siècle.
Le second est la littérature. En 1986, Azouz Begag publie Le Gone du Chaâba, récit largement autobiographique de son enfance dans un bidonville de la banlieue lyonnaise. Le livre devient un succès, entre dans les programmes scolaires, et est porté au cinéma en 1998. Des centaines de milliers de lecteurs qui n'avaient jamais mis les pieds à Lyon apprennent le mot par ce titre.
Un mot que le football a fini de populariser
Aujourd'hui, ceux qui font vivre le mot hors de Lyon ne sont ni les marionnettistes ni les romanciers : ce sont les supporters de l'OL. Un amateur de football qui ne connaît rien au parler lyonnais sait pourtant ce qu'est un gone, parce qu'il a lu « les Gones » dans un compte rendu de match ou vu une banderole des Bad Gones à la télévision.
C'est une inversion assez rare. D'ordinaire, un club emprunte un mot déjà connu. Ici, le club a rendu au mot une notoriété nationale qu'il n'avait plus.
Pourquoi ce surnom-là pour ce club-là
L'Olympique lyonnais naît en 1950, d'une scission avec le Lyon olympique universitaire. C'est un club jeune, sans histoire longue à invoquer, dans une ville qui en a beaucoup. Adopter un mot du parler local revenait à s'ancrer immédiatement quelque part, à se réclamer de la ville plutôt que d'un passé sportif qu'on n'avait pas encore.
Le surnom colle d'autant mieux que le club a construit son identité sur sa formation. Un centre qui fabrique des joueurs du cru donne au mot son sens propre autant que figuré : les gones de l'OL sont parfois, littéralement, des gamins de Lyon. Alexandre Lacazette, né à Lyon, entré à l'école de foot du club enfant, meilleur buteur de l'histoire du club après Fleury Di Nallo, en est l'exemple le plus complet.
À l'inverse, le mot n'a jamais désigné une catégorie fermée. Un Brésilien arrivé à vingt-cinq ans est un gone dès lors qu'il porte le maillot. C'est ce qui distingue le surnom d'une revendication identitaire : il s'attrape en jouant.
Les Bad Gones et les autres
Le mot a un porte-drapeau, et il est né en 1987 : les Bad Gones, plus ancien groupe de supporters du club. L'année n'est pas anodine, c'est aussi celle de l'arrivée de Jean-Michel Aulas à la présidence. Le club qui allait tout gagner et le groupe qui allait tout chanter se sont mis en place la même saison.
| Groupe | Création | Tribune | Membres | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|---|---|
| Bad Gones | 1987 | Virage nord | ≈ 6 000 | Le plus ancien groupe du club, né la même année que l'arrivée de Jean-Michel Aulas à la présidence. D'abord installé en tribune Jean-Bouin sous le nom de KGB, pour Kop Gens Bouin, il rejoint le virage nord en 2001-2002. |
| Lyon 1950 | 2010 | Virage sud | ≈ 2 130 | Groupe ultra du virage sud, connu pour ses animations et sa présence en déplacement. Son nom reprend l'année de fondation du club. |
| Bloc 405 Ferveur Nord | 2023 | Troisième anneau, nord | ≈ 250 | Le plus récent, en soutien des Bad Gones, il anime le troisième anneau du Groupama Stadium. |
Effectifs revendiqués par les groupes, ordre de grandeur. Les Bad Gones sont l'un des plus gros groupes de supporters de France. Le nom d'origine, KGB pour Kop Gens Bouin, renvoie à la tribune Jean-Bouin du stade de Gerland, que le groupe a quittée pour le virage nord en 2001-2002.
Le nom « Bad Gones » dit bien ce qu'il veut dire : l'association d'un mot anglais de culture kop et d'un mot de parler lyonnais. C'est exactement ce qu'était un groupe ultra de la fin des années 1980 en France, un import britannique greffé sur une identité locale.
Les questions qu'on nous pose
Que veut dire le mot gone ?
En parler lyonnais, un gone est un enfant, un gamin, l'équivalent local du mot familier gosse. Le mot désigne d'abord un garçon, puis par extension un habitant de Lyon : un vrai gone est un Lyonnais d'origine. C'est ce second sens qui a donné le surnom des joueurs de l'Olympique lyonnais et de ses supporters.
D'où vient le mot gone ?
Son origine reste incertaine et les linguistes ne tranchent pas. Deux pistes sont avancées. La première le rattache au gaulois puis au bas latin gunna, un vêtement de peau, devenu gonne en ancien français pour la robe des moines, d'où des formes régionales goné et goner qui signifiaient mal habillé. La seconde le fait venir du grec gonos, l'enfant, Lyon ayant été une colonie gréco-romaine. Les deux hypothèses posent problème, et aucune n'est retenue avec certitude.
Pourquoi les joueurs de l'OL sont-ils appelés les Gones ?
Parce que le mot désigne les Lyonnais eux-mêmes. Appeler l'équipe les Gones, c'est dire qu'elle est celle de la ville. Le surnom s'est imposé par la presse et par les supporters, et il a été popularisé bien au-delà de Lyon par les Bad Gones, groupe fondé en 1987, dont le nom est aujourd'hui le vecteur principal du mot dans le reste de la France.
Qui sont les Bad Gones ?
Le plus ancien groupe de supporters de l'Olympique lyonnais, fondé en 1987, la même année que l'arrivée de Jean-Michel Aulas à la présidence du club. Installé d'abord en tribune Jean-Bouin sous le nom de KGB, pour Kop Gens Bouin, il a rejoint le virage nord en 2001-2002 et revendique environ 6 000 membres.
Une femme lyonnaise est-elle une gone ?
Le parler lyonnais emploie plutôt gone pour un garçon, et fenotte pour une femme. L'usage contemporain a assoupli la règle, et le féminin gone s'entend aujourd'hui, notamment pour parler des joueuses de l'OL Lyonnes.
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Les joueurs que le club a formés lui-même : le centre de formation de l'OL.
La tribune Jean-Bouin où sont nés les Bad Gones se trouvait à Gerland.
La naissance du club et sa toute première saison.
Tout ce que ces gones-là ont gagné : le palmarès complet.
Sources : étymologie et sens du mot, dictionnaires de langue française et travaux sur le parler lyonnais. Groupes de supporters, dates de création et effectifs, Wikipédia (« Supporters de l'Olympique lyonnais ») et communications des groupes. Le Gone du Chaâba, Azouz Begag, Éditions du Seuil, 1986.