Photo : Sebleouf, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
L'informaticien qui débarque dans le football
Fils d'un professeur de lettres et d'une professeure de mathématiques, Jean-Michel Aulas naît le 22 mars 1949 à L'Arbresle, à vingt-cinq kilomètres de Lyon. Il passe par un BTS d'informatique au lycée La Martinière avant des études d'économie, et se lance très tôt dans les affaires. En 1983, il fonde avec Jean-Claude Sansoe la société Cegid, éditeur de logiciels de gestion et de comptabilité, qu'il cède à Groupama en octobre 2007 tout en en gardant la présidence.
Quand il arrive au football, il n'a donc ni passé de joueur ni réseau dans le milieu. C'est précisément ce qui va faire sa différence : il applique à un club de sport les méthodes d'un chef d'entreprise, à une époque où presque personne ne le fait en France.
1987 : reprendre un club en perdition
Quand Jean-Michel Aulas arrive à l'OL le 15 juin 1987, le club n'a plus rien d'un grand. Relégué en Division 2 depuis 1983, fauché, sans perspective, il survit à peine. Aulas débarque avec une méthode d'industriel et un slogan resté célèbre : « OL - Europe ». Son plan affiché : ramener Lyon en coupe d'Europe en trois ans. À l'époque, personne n'y croit.
La remontée en Division 1 est obtenue dès 1989 sous Raymond Domenech, avec un titre de champion de Division 2 à la clé. Puis Aulas construit, brique par brique, saison après saison : recrutement malin, formation, structuration financière. L'OL grimpe lentement vers les sommets, jusqu'à devenir, à l'aube des années 2000, un candidat sérieux au titre. Le premier trophée arrive en 1997 avec la Coupe Intertoto, sous Bernard Lacombe, puis la Coupe de la Ligue en 2001.
La dynastie : sept titres d'affilée (2002-2008)
C'est l'œuvre de sa vie. Le premier titre de champion de France de l'histoire du club tombe en 2001-2002 avec Jacques Santini sur le banc. Loin de s'arrêter là, l'OL d'Aulas enchaîne : Paul Le Guen (2003, 2004, 2005), Gérard Houllier (2006, 2007), puis Alain Perrin (2008, assorti d'un doublé avec la Coupe de France).
Sept championnats consécutifs : un record absolu en France, jamais égalé. Sur la pelouse, des joueurs comme Juninho, Grégory Coupet ou Sidney Govou incarnent cette ère dorée. Mais derrière le banc, c'est le président qui tient les rênes du projet, change d'entraîneur sans jamais perdre le cap, et impose l'OL comme la place forte du football français. Le détail année par année se lit dans notre palmarès du club.
La méthode Aulas : acheter jeune, vendre cher, former beaucoup
Le modèle économique qu'il installe repose sur trois piliers, et il les tient pendant vingt ans.
Le trading de joueurs. Aulas achète des talents peu cotés et les revend au sommet de leur valeur, sans état d'âme. Michael Essien part à Chelsea en 2005 pour environ 38 millions d'euros, Karim Benzema au Real Madrid en 2009, Alexandre Lacazette à Arsenal en 2017 pour près de 60 millions. Les plus-values financent le club, année après année.
La formation. Le centre de l'OL sort une génération complète de joueurs devenus internationaux : Benzema, Lacazette, Govou, Umtiti, Tolisso, Fekir, Gonalons, puis Cherki. Peu de clubs français ont produit autant sur une période aussi courte.
La communication permanente. Aulas ne laisse jamais passer un sujet : arbitrage, calendrier, droits télé, décisions de la Ligue. Il alerte, conteste, saisit les instances. Cette occupation du terrain médiatique lui vaut autant de reconnaissance que d'agacement, et plusieurs rappels à l'ordre du conseil de l'éthique du football français pour ses critiques d'arbitres.
OL Groupe : un club géré comme une entreprise
Aulas est le premier en France à penser un club de football comme une société cotée. Il crée la holding OL Groupe, qu'il introduit en Bourse en 2007 : une première pour un club français. Billetterie, merchandising, droits TV, immobilier, marque : il diversifie les revenus et professionnalise chaque rouage. Le modèle est admiré autant que discuté, car il expose aussi le club aux marchés et à l'obligation de résultats trimestriels, mais il lui donne une surface financière inédite.
Le Parc OL, le pari d'une vie
Son chantier le plus risqué reste le stade des Lumières (Groupama Stadium), inauguré en janvier 2016 à Décines. Un stade privé de 59 186 places, financé en grande partie par le club, cas presque unique en France où les enceintes appartiennent aux collectivités. Le remboursement de l'investissement, d'abord envisagé pour 2025, court finalement jusqu'en 2044.
C'est le grand paradoxe de sa présidence : l'outil qui devait donner à l'OL les moyens de rivaliser durablement avec l'élite européenne est aussi celui qui a plombé les comptes au pire moment, quand la pandémie a vidé les tribunes et que les résultats sportifs ont décroché.
Les Fenottes : la plus grande dynastie du football féminin
On l'oublie parfois, mais l'une des plus grandes réussites d'Aulas est féminine. En 2004, il intègre une section féminine à l'OL et y investit quand personne ne le fait. Le résultat dépasse tout : huit Ligues des champions, seize titres de championne de France, une domination européenne sans équivalent. En misant tôt sur le football féminin, Aulas a placé l'OL des décennies en avance, et s'est construit une légitimité qui lui servira après son départ du club.
Le plafond de verre européen
C'est le manque de son bilan. Malgré une décennie de participations en Ligue des champions, l'OL masculin n'a jamais atteint une finale européenne sous sa présidence. Deux demi-finales seulement, et le même bourreau les deux fois : le Bayern Munich, en 2010 puis en 2020, lors du tournoi final disputé à Lisbonne après un parcours retentissant contre la Juventus et Manchester City.
Le seul trophée européen du club reste donc la Coupe Intertoto 1997, une compétition d'été aujourd'hui disparue. Sept titres nationaux, aucun européen : le contraste résume à lui seul le plafond auquel se heurtaient les clubs français de l'époque.
Dix-huit entraîneurs en trente-cinq ans
Aulas a changé de coach dix-huit fois. Sa réputation était d'assumer ces décisions vite, sans laisser un cycle s'enliser, y compris en pleine réussite : Paul Le Guen part après trois titres, Gérard Houllier après deux.
| Période | Entraîneur | À retenir |
|---|---|---|
| 1987-1988 | Denis Papas | Le premier de l'ère Aulas |
| 1988 | Marcel Le Borgne | Intérim en fin de saison |
| 1988-1993 | Raymond Domenech | Champion de D2 1989, la remontée |
| 1993-1995 | Jean Tigana | Installe l'OL dans le haut de tableau |
| 1995-1996 | Guy Stéphan | Futur adjoint de Deschamps en équipe de France |
| 1996-2000 | Bernard Lacombe | Coupe Intertoto 1997, seul trophée européen du club |
| 2000-2002 | Jacques Santini | Coupe de la Ligue 2001, premier titre de champion 2002 |
| 2002-2005 | Paul Le Guen | Trois titres consécutifs |
| 2005-2007 | Gérard Houllier | Deux titres |
| 2007-2008 | Alain Perrin | Le septième titre et le doublé Coupe de France |
| 2008-2011 | Claude Puel | Demi-finale de Ligue des champions 2010 |
| 2011-2014 | Rémi Garde | Coupe de France 2012 |
| 2014-2015 | Hubert Fournier | Deuxième de Ligue 1 |
| 2015-2019 | Bruno Génésio | Quatre saisons, formé au club |
| 2019 | Sylvinho | Cinq mois seulement |
| 2019-2021 | Rudi Garcia | Demi-finale de Ligue des champions 2020 |
| 2021-2022 | Peter Bosz | Saison sans Europe |
| 2022-2023 | Laurent Blanc | Dernier entraîneur nommé par Aulas |
Le détail de chaque mandat se trouve dans nos fiches entraîneurs.
L'après-2008 : quinze ans sans titre de champion
La dynastie s'arrête net en 2008. L'OL reste un habitué du podium et de la Ligue des champions pendant quelques saisons, mais ne redevient jamais champion. Le club encaisse coup sur coup l'arrivée d'un PSG adossé au Qatar en 2011, le coût du stade, puis la crise sanitaire.
Le point de bascule est la saison 2019-2020. La LFP arrête définitivement le championnat en avril 2020 à cause de la pandémie ; l'OL est septième et se retrouve privé d'Europe. Aulas mène la contestation et saisit le Conseil d'État : la juridiction suspend en juin 2020 les relégations d'Amiens et de Toulouse, mais ne relance pas la saison et ne rend pas sa place européenne à Lyon. Quelques semaines plus tard, l'équipe atteint la demi-finale de Ligue des champions à Lisbonne. Sportivement absurde, financièrement ruineux.
La vente à Eagle Football (2022-2023)
En 2022, fragilisé financièrement après la pandémie et le coût du stade, Aulas accepte de céder le contrôle d'OL Groupe à Eagle Football, le véhicule de l'Américain John Textor. L'opération se referme le 19 décembre 2022. Il reste d'abord président, avant un départ effectif le 9 mai 2023, contre une indemnité de 10 millions d'euros. Le 13 mai 2023, il devient président d'honneur.
La séparation n'est pas apaisée. Aulas engage une procédure contre Textor à propos du rachat de ses actions, portant sur 14,5 millions d'euros ; un accord est trouvé le 11 décembre 2023. Deux ans plus tard, l'entreprise qu'il avait bâtie se retrouve au cœur d'une crise financière et judiciaire retracée sur notre page consacrée à John Textor. Sa successeuse à la tête du club est Michele Kang.
L'après-OL : la FFF, le football féminin, la politique
Loin de raccrocher, Aulas reste une figure du football français. Il devient vice-président de la Fédération française de football le 16 décembre 2023, puis président de la Ligue féminine de football professionnel le 1er juillet 2024, prolongeant le combat qu'il a porté à Lyon.
Il se lance aussi en politique : candidat déclaré à la mairie de Lyon le 4 septembre 2025, soutenu par la droite et le centre, il arrive deuxième au premier tour puis s'incline au second de 2 762 voix face au maire sortant Grégory Doucet, avec 49,33 % des suffrages. Élu conseiller métropolitain, il devient premier vice-président de la Métropole de Lyon en mars 2026, avant de se voir retirer ses délégations en juillet 2026. Mais c'est bien comme bâtisseur de l'OL moderne qu'il restera dans l'histoire : en 2021, France Football l'avait désigné meilleur président de l'histoire du football français.
Le palmarès de l'OL sous sa présidence
| Compétition | Nombre | Détails |
|---|---|---|
| Ligue 1 (masculins) | 7 | 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008 |
| Coupe de France (masculins) | 2 | 2008, 2012 |
| Coupe de la Ligue | 1 | 2001 |
| Trophée des Champions | 7 | 2002 à 2007, 2012 |
| Coupe Intertoto | 1 | 1997, seul trophée européen masculin du club |
| Champion de Division 2 | 1 | 1989 (remontée en D1) |
| Ligue des champions féminine | 8 | section créée en 2004 |
| Championnat de France féminin | 16 | domination quasi continue |
| Coupe de France féminine | 10 | sur la période de présidence |
Palmarès du club sur la période de présidence (1987-2023). Sources : Olympique Lyonnais, Wikipédia.
Les dates qui comptent
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 mars 1949 | Naissance à L'Arbresle (Rhône) |
| 1983 | Fondation de Cegid |
| 15 juin 1987 | Président de l'OL, alors en Division 2 |
| 1989 | Champion de D2, retour dans l'élite |
| 1997 | Coupe Intertoto, premier trophée de l'ère Aulas |
| 2001 | Coupe de la Ligue |
| 2002 | Premier titre de champion de France de l'histoire du club |
| 2004 | Création de la section féminine |
| 2007 | Introduction d'OL Groupe en Bourse |
| 2008 | Septième titre consécutif et doublé avec la Coupe de France |
| 2010 | Demi-finale de Ligue des champions |
| Janvier 2016 | Inauguration du Groupama Stadium |
| Août 2020 | Demi-finale de Ligue des champions à Lisbonne |
| 19 décembre 2022 | Cession du contrôle d'OL Groupe à Eagle Football |
| 9 mai 2023 | Fin de 35 ans de présidence |
| 16 décembre 2023 | Vice-président de la Fédération française de football |
| 1er juillet 2024 | Président de la Ligue féminine de football professionnel |
| Mars 2026 | Battu au second tour des municipales de Lyon de 2 762 voix |