Propriétaire de l'OL 2022-2026, président 2023-2025

John Textor

Il devait faire de l'Olympique Lyonnais la tête de pont d'un empire à quatre clubs et ramener le club en Ligue des champions. Trois ans plus tard, l'OL a frôlé la Ligue 2, sa holding est passée sous administration judiciaire à Londres et deux de ses anciens clubs s'affrontent devant les tribunaux. Voici, faits et dates à l'appui, ce qu'a été le passage de John Textor à Lyon et où en sont les procédures.

John Textor

Photo : Agência Senado, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Nom completJohn C. Textor
Nationalité🇺🇸 Américain
Naissance30 septembre 1965, Kirksville (Missouri)
Avant le footballDigital Domain, Pulse Evolution, fuboTV
Entrée au capital de l'OLAccord en juin 2022, closing le 19 décembre 2022
Président de l'OLMai 2023 au 30 juin 2025
Part détenue77,49 % d'OL Groupe via Eagle Football
Situation en juillet 2026N'a plus le contrôle du groupe
4 Clubs dans la galaxie Eagle Football à son apogée
77,49 % Du capital d'OL Groupe détenu fin 2022
2 Saisons pleines comme président de l'OL
0 Trophée remporté par l'OL masculin sous son mandat

Une mise au point avant de lire. Plusieurs procédures visent la gestion de l'OL entre 2023 et 2025. Aucune n'a été jugée à ce jour et aucune condamnation pénale ne vise John Textor en France. La plainte déposée par la direction actuelle du club est une plainte contre X : elle ne nomme personne. Tout ce qui suit est présenté comme ce que c'est, c'est-à-dire des accusations, des demandes en justice et des réponses, avec leur date et leur auteur.

Avant le football : les effets spéciaux, l'hologramme et la télé

John Textor n'a pas grandi dans le football. Diplômé en économie de l'université Wesleyenne en 1987, il dirige de 2006 à 2012 Digital Domain, le studio d'effets visuels récompensé par l'Oscar des meilleurs effets spéciaux en 2008 pour L'Étrange Histoire de Benjamin Button. Il fonde ensuite Pulse Evolution, la société derrière l'hologramme de Michael Jackson aux Billboard Music Awards de 2014, puis passe par la direction de la plateforme de télévision en ligne fuboTV.

C'est ce parcours de patron de la tech et du divertissement qu'il met en avant à son arrivée dans le football, avec une idée simple : appliquer aux clubs une logique de groupe, mutualiser les moyens, faire circuler les joueurs, et créer de la valeur plus vite qu'avec un club isolé.

Décembre 2022 : le rachat de l'OL à Jean-Michel Aulas

L'accord est annoncé en juin 2022, l'opération se referme le 19 décembre 2022. Eagle Football rachète les parts d'IDG Capital et de Pathé ainsi que celles de Jean-Michel Aulas, et monte à 77,49 % d'OL Groupe. La transaction est valorisée autour de 880 millions d'euros dette comprise. Aulas reste d'abord en fonction, puis quitte la présidence en mai 2023 après trente-cinq ans de mandat, contre une indemnité de 10 millions d'euros.

Le discours de départ est ambitieux : retour rapide en Ligue des champions, recrutement offensif, valorisation du Groupama Stadium. Le contexte l'est moins. L'OL sort de deux exercices déficitaires, du contrecoup de la pandémie et du poids d'un stade financé par le club, et n'a plus disputé la Ligue des champions depuis 2020.

La galaxie Eagle Football, mode d'emploi

L'OL n'était qu'une pièce d'un ensemble. En moins de dix-huit mois, John Textor s'est constitué un portefeuille de quatre clubs sur trois continents, regroupés sous Eagle Football Holdings, société enregistrée à Londres en septembre 2022.

ClubPaysEntrée au capitalParticipationSortie
Crystal PalaceAngleterreAoût 202140 %, environ 86 M£Vendu à Woody Johnson, finalisé le 24 juillet 2025
BotafogoBrésilJanvier 202290 % de la SAFActif mis en vente par les administrateurs en 2026
RWD MolenbeekBelgiqueJanvier 2022Majorité, puis 100 %Actif mis en vente par les administrateurs en 2026
Olympique LyonnaisFranceDécembre 202277,49 % d'OL GroupeRepris par Michele Kang, offre retenue le 23 juin 2026

Le principe de la multipropriété est de faire circuler joueurs, encadrement et capitaux entre les clubs d'un même groupe. Il se heurte à deux limites que l'ère Textor a illustrées de façon spectaculaire. La première est réglementaire : l'UEFA interdit à deux clubs contrôlés par le même propriétaire de disputer la même compétition. En juillet 2025, elle attribue la place en Ligue Europa à l'OL, sixième de Ligue 1, et renvoie Crystal Palace, pourtant vainqueur de la FA Cup, en Conference League. Le club anglais saisit le Tribunal arbitral du sport, qui confirme la décision le 11 août 2025. La seconde limite est financière : quand la trésorerie manque quelque part, elle manque partout.

Deux ans à Lyon : ce qui s'est passé sur le terrain

Sportivement, le bilan tient en peu de lignes. L'OL masculin ne remporte aucun trophée sous sa présidence. La saison 2023-2024 démarre par le pire début d'exercice de l'histoire du club et se joue longtemps sur le maintien, avant un redressement spectaculaire sous Pierre Sage et une finale de Coupe de France perdue face au PSG. La saison suivante ramène le club en Ligue Europa, sans lever les doutes sur les comptes. Le détail se lit dans nos pages saisons.

En coulisses, la période est marquée par une rotation permanente : quatre entraîneurs se succèdent sur le banc entre 2023 et 2025, les directeurs sportifs changent, et les ventes de joueurs deviennent le principal levier d'équilibre du budget. C'est ce point qui va cristalliser toutes les critiques.

Juin 2025 : la DNCG rétrograde l'OL, l'appel le sauve

Le gendarme financier du football français avait prononcé dès novembre 2024 une rétrogradation à titre conservatoire. Le 24 juin 2025, faute de garanties suffisantes sur la trésorerie et les cessions promises, la DNCG confirme : l'Olympique Lyonnais est rétrogradé en Ligue 2. Le club parle d'une décision « incompréhensible » et fait appel immédiatement.

Le 30 juin 2025, John Textor quitte la présidence. Michele Kang, déjà propriétaire de la section féminine, prend la tête du club. Le 9 juillet 2025, après plus de deux heures d'audition au siège de la Fédération, la commission d'appel maintient l'OL en Ligue 1. Le dossier présenté comprend 87 millions d'euros d'apport en fonds propres et 30 millions d'euros de garantie bancaire, soit 117 millions mobilisés, avec en contrepartie un encadrement de la masse salariale et du recrutement.

Ce qu'on lui reproche, club par club

À Lyon, les griefs sont d'abord ceux de promesses non tenues : des cessions annoncées qui n'arrivent pas, une qualification européenne présentée comme acquise, et une communication permanente sur des projets qui ne se concrétisent pas. Un dirigeant de la DNCG a expliqué publiquement avoir alerté sur la situation dès le rachat.

À Botafogo, la lune de miel du titre de 2024 laisse place à la colère. Lors de la saison 2025, des supporters déploient au stade Nilton Santos une banderole traitant le propriétaire de « clown ou escroc » et réclament la transparence sur les comptes de la SAF, en particulier après la vente de joueurs cadres. Un ancien président du club l'accuse publiquement d'avoir « tout envoyé à l'OL ».

À Molenbeek, c'est l'identité du club qui met le feu aux poudres : le renommage en « Daring Brussels », en juin 2025, provoque une pétition qui dépasse les 3 000 signatures, des manifestations de supporters et l'hostilité de la commune. Le nom RWDM Brussels est rétabli un mois plus tard.

À Crystal Palace, le reproche est différent : les supporters anglais ont vu leur club payer le prix de la multipropriété en perdant sa place en Ligue Europa, gagnée sur le terrain.

Le Brésil : des accusations retentissantes, et des sanctions contre lui

John Textor s'est aussi fait connaître comme accusateur. En novembre 2023, après une défaite de Botafogo 4-3 contre Palmeiras, il dénonce publiquement un « vol » et de la « corruption », et réclame la démission du président de la Confédération brésilienne, Ednaldo Rodrigues. Il affirme ensuite détenir des preuves de matchs arrangés et est auditionné sur le sujet par une commission d'enquête du Sénat brésilien consacrée aux paris sportifs.

La justice sportive brésilienne l'a sanctionné à deux reprises pour ces sorties : une suspension d'un mois pour ses accusations de corruption après le match contre Palmeiras, puis 45 jours de suspension et 100 000 reais d'amende pour outrage envers le président de la CBF. Sur le fond, en revanche, le tribunal sportif a estimé qu'il n'avait pas produit dans les délais les preuves annoncées contre l'arbitrage brésilien, et n'a pas retenu ses accusations. Palmeiras a de son côté saisi la justice sportive pour lui interdire de citer le club.

2026 : la chute d'Eagle Football

La suite se joue à Londres, loin des pelouses. Le montage repose sur une dette lourde contractée auprès du fonds américain Ares Management. Fin janvier 2026, Textor est écarté du conseil d'administration d'Eagle Football Holdings, quelques heures avant une assemblée générale où il comptait reprendre la main. Il conteste la validité de cette révocation.

Le 27 mars 2026, le cabinet spécialisé en insolvabilité Cork Gully est nommé administrateur d'Eagle Football Holdings Bidco à la suite de défauts de paiement constatés par Ares. Les administrateurs sont chargés de vendre les participations dans Botafogo, l'OL et Molenbeek. Le 4 avril 2026, Botafogo assigne l'Olympique Lyonnais devant la justice française et réclame plus de 125 millions d'euros, estimant que des fonds brésiliens ont servi à soutenir le club français. Une décision de justice à Rio bloque par ailleurs la vente de joueurs et d'actifs du club sans l'accord de son conseil.

Le 23 juin 2026, l'offre de Michele Kang est retenue par les administrateurs pour reprendre Eagle Football Group, la maison mère de l'OL, avec un engagement de financement pouvant aller jusqu'à 71 millions d'euros et un accord avec les principaux créanciers. L'OL sort du périmètre d'Eagle Bidco : la galaxie est démantelée.

La plainte du 4 juin 2026 : ce qu'elle dit exactement

Le 4 juin 2026, Eagle Football Group, l'ex-OL Groupe désormais dirigé par Michele Kang, dépose une plainte contre X auprès du parquet de Lyon, à la suite d'un audit interne portant sur la gestion du club de mai 2023 à juin 2025. Les faits visés sont qualifiés d'abus de biens sociaux, de présentation et publication de comptes inexacts et de diffusion d'informations trompeuses au marché.

Selon le communiqué du club, l'audit relève des flux financiers de « plusieurs centaines de millions d'euros » réalisés sans justification économique claire, dans un contexte de fortes tensions de trésorerie et de retards de paiement de charges sociales, ainsi qu'une « désorganisation délibérée » de l'activité et une « opacité systématique » de la gestion financière.

Deux précisions comptent. D'abord, une plainte contre X ne désigne aucune personne : c'est au parquet de décider s'il ouvre une enquête et, le cas échéant, qui elle vise. Ensuite, à la date de publication de cette page, aucune juridiction n'a tranché et la présomption d'innocence s'applique pleinement.

Sa version des faits

John Textor conteste point par point et communique abondamment, notamment sur son site personnel. Ses arguments principaux, tels qu'il les expose publiquement :

  • il affirme avoir découvert en janvier 2026 l'existence d'un accord parallèle entre Ares et Michele Kang, qui aurait organisé la gouvernance de l'OL en dehors du conseil d'administration et sans l'accord de l'actionnaire majoritaire ;
  • il soutient qu'Ares s'était engagé par écrit à ne pas intervenir pendant une période donnée et n'a pas respecté cet engagement en juin 2025 ;
  • il conteste la légalité, au regard du droit britannique, de sa révocation du conseil d'Eagle Football Holdings en janvier 2026 ;
  • il attribue les écarts relevés dans les comptes à des erreurs et à un travail d'audit orienté, et non à des détournements ;
  • le 20 juillet 2026, il engage une action civile dans laquelle il soutient que sa démission de juin 2025 a été obtenue sur la base de fausses assurances, alors qu'un accord aurait déjà été négocié dans son dos.

Ces affirmations sont les siennes et n'ont, elles non plus, été validées par aucun tribunal à ce jour.

La chronologie en un coup d'œil

DateÉvénement
Août 2021Entrée au capital de Crystal Palace, 40 %
Janvier 2022Prise de contrôle de Botafogo et du RWD Molenbeek
Juin 2022Accord de rachat d'OL Groupe
19 décembre 2022Closing : Eagle Football détient 77,49 % d'OL Groupe
Mai 2023Jean-Michel Aulas quitte la présidence, Textor lui succède
Novembre 2023Accusations de corruption au Brésil après Palmeiras-Botafogo
Novembre 2024Rétrogradation conservatoire de l'OL prononcée par la DNCG
24 juin 2025La DNCG confirme la rétrogradation en Ligue 2
30 juin 2025Départ de la présidence, Michele Kang prend le relais
9 juillet 2025L'appel maintient l'OL en Ligue 1, 117 M€ mobilisés
24 juillet 2025Vente de Crystal Palace à Woody Johnson finalisée
11 août 2025Le TAS confirme le renvoi de Palace en Conference League
27 janvier 2026Textor écarté du conseil d'Eagle Football Holdings
27 mars 2026Eagle Football Holdings Bidco placée sous administration
4 avril 2026Botafogo réclame plus de 125 M€ à l'OL en justice
4 juin 2026Plainte contre X d'Eagle Football Group au parquet de Lyon
23 juin 2026L'offre de Michele Kang retenue pour reprendre l'OL
20 juillet 2026Action civile de John Textor contre Michele Kang et Ares

Ce qu'il laisse à Lyon

Trois ans après son arrivée, l'OL est toujours en Ligue 1, ce qui n'était pas acquis à l'été 2025, et a changé de propriétaire sans changer de nom ni de stade. Le club sort en revanche de la période avec un effectif largement reconstruit par les ventes, des comptes qui restent sous surveillance, et une bataille judiciaire à trois branches, en France, au Brésil et au Royaume-Uni, dont l'issue conditionne une partie de son avenir financier.

À Lyon, John Textor n'a jamais été adopté. Il n'est pas nécessaire de forcer le trait pour l'expliquer : un club qui frôle la Ligue 2 pour des raisons administratives, des promesses répétées non tenues et un propriétaire souvent absent du quotidien suffisent. Reste que le jugement définitif sur sa gestion n'appartient pas aux supporters : il appartient aux tribunaux, et il n'est pas rendu.

Sources principales. Communiqués d'Eagle Football Group et de l'Olympique Lyonnais, décisions de la DNCG et de sa commission d'appel, décisions du Tribunal arbitral du sport et du STJD brésilien, dépêches de l'AFP reprises par Boursorama et franceinfo, Tribune de Lyon, Front Office Sports, SportBusiness, Inside World Football, Wikipédia (Eagle Football Holdings, John Textor), et les prises de position publiées par John Textor sur son site personnel. Page à jour au , mise à jour à chaque étape des procédures.

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