Meilleur joueur de D1 2001, puis l'OL
Il y a une ironie dans la trajectoire d'Éric Carrière : c'est en battant l'OL pour le titre que Nantes l'impose comme le meilleur milieu du championnat. En 2000-2001, le FC Nantes coiffe Lyon à la dernière journée et Carrière est élu meilleur joueur de Division 1 par ses pairs. Six semaines plus tard, Jean-Michel Aulas le signe. L'OL recrute celui qui vient de les devancer.
Né à Foix, dans les Pyrénées ariégeoises, Carrière a construit sa réputation sur dix saisons nantaises (172 matchs, 18 buts, deux Coupes de France en 1999 et 2000). À 28 ans, il n'est pas une promesse. C'est un joueur fini, solide, qui sait exactement ce qu'il vaut. Sa première saison lyonnaise aboutit sur le premier titre de champion de l'histoire du club. Sa deuxième et sa troisième aussi. Il ne joue que trois saisons à Lyon, mais il en repart avec trois championnats dans les mains.
Ce que Carrière apporte à l'OL, ce n'est pas la percussion de Juninho ni la profondeur d'un Essien. C'est autre chose : la qualité de passe dans les intervalles, la lecture de jeu à vitesse réelle, la capacité à trouver des solutions là où les défenses sont organisées. Il y a une forme de fluidité dans son jeu qui rend les adversaires fous et l'OL imprenable entre 2001 et 2004.
Stats par saison à l'OL
| Saison | L1 M | L1 B | Europe M | Europe B | Coupes M | Coupes B | Total M | Total B | Titre |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 2001–2002 | ~28 | ~6 | ~10 | ~2 | ~4 | 0 | ~42 | ~8 | L1 |
| 2002–2003 | ~27 | ~6 | ~9 | ~2 | ~4 | 0 | ~40 | ~8 | L1 |
| 2003–2004 | ~25 | ~5 | ~12 | ~1 | ~5 | 0 | ~42 | ~6 | L1 |
| Total OL | ~80 / ~17 | ~31 / ~5 | ~13 / 0 | 124 | 17 | 3 × | |||
Total officiel Wikipedia : 124 matchs, 17 buts toutes compétitions. Répartition par compétition estimée (~).
Dix sélections, cinq buts : l'injustice française
Éric Carrière ne reçoit sa première sélection en équipe de France qu'à 28 ans, en 2001. Dix sélections, cinq buts : un ratio de 0,5 but par match qui en fait l'un des milieux les plus efficaces en bleu de sa génération. Il gagne la Coupe des Confédérations 2001 avec la France. Et puis la porte se ferme. Jamais convoqué pour un grand tournoi, jamais utilisé à sa mesure par Roger Lemerre ni Jacques Santini.
La concurrence est immense : Zidane, Djorkaeff, Pirès, Micoud, Dacourt. Mais ceux qui ont vu Carrière jouer en 2001-2002 savent qu'il méritait davantage. Meilleur joueur du championnat de France une saison, titulaire dans la meilleure équipe de France l'année suivante, et seulement dix sélections en tout : c'est l'une des grandes injustices du football français de cette génération.
| Compétition | Année | Matchs | Buts | Résultat France |
|---|---|---|---|---|
| Coupe des Confédérations | 2001 (Japon/Corée) | 3 | 1 | Vainqueur |
| Matchs qualificatifs + amicaux | 2001–2002 | 7 | 4 | Qualif. CdM 2002 |
| Total France | 10 | 5 |
Moments clés
Saison 2000-2001 : Nantes est champion de France et Carrière est plébiscité meilleur joueur de la division par ses pairs (vote des capitaines). À 28 ans, c'est la consécration d'une décennie nantaise. L'OL, battu pour le titre cette année-là, répond en l'achetant dès l'été. Quelque chose de délicieusement logique dans cette histoire.
Convoqué pour la première fois en équipe de France à 28 ans, Éric Carrière participe à la Coupe des Confédérations 2001 au Japon et en Corée. La France remporte le trophée. Il inscrit un but dans la compétition. C'est à la fois une grande fierté et le début d'une frustration : il pensait que cette vitrine allait lui ouvrir les portes d'une carrière internationale durable. Il n'en aura que dix sélections en tout.
Dans les mémoires lyonnaises, le premier titre de champion est souvent raconté autour de Sonny Anderson, Juninho, Coupet. Carrière est là aussi : titulaire dans l'entrejeu, milieu d'équilibre et de création, il dispute 28 matchs de Ligue 1 cette saison-là. Quand l'OL soulève le trophée à la dernière journée contre Lens (4-2, buts Sonny Anderson ×2, Edmílson, Elber), Carrière est dans le groupe qui a tout construit. Son nom mérite d'être dans ce récit.
Le joueur que l'OL a sous-estimé
La passe à contre-pied. La marque de fabrique de Carrière, c'est la passe qui prend la défense à rebours. Il voit les espaces avant qu'ils s'ouvrent. Dans un OL qui dominait physiquement et techniquement ses adversaires, cette capacité à accélérer le jeu dans les espaces réduits était précieuse.
Le profil hybride. Ni n°6 défensif ni n°10 pur, Carrière occupait cette zone grise entre récupération et projection. Il était capable de défendre haut, de récupérer des ballons, et d'enchaîner immédiatement sur une passe vers l'avant. Juninho était le génie. Carrière était le lien qui permettait à ce génie de s'exprimer.
L'après-OL. À l'été 2004, à 31 ans, il rejoint le RC Lens où il jouera 157 matchs et remporte la Coupe Intertoto 2005. Puis une fin de carrière à Dijon (74 matchs, 8 buts). Un joueur qui aura marqué quatre clubs différents, remporté cinq titres en cinq saisons de L1, et n'aura jamais eu la reconnaissance médiatique qu'il méritait.
Carrière complète
| Club | Pays | Années | Matchs | Buts |
|---|---|---|---|---|
| FC Nantes | 🇫🇷 | 1991–2001 | 172 | 18 |
| Olympique Lyonnais | 🇫🇷 | 2001–2004 | 124 | 17 |
| RC Lens | 🇫🇷 | 2004–2008 | 157 | 10 |
| Dijon FCO | 🇫🇷 | 2008–2011 | 74 | 8 |
| Total carrière | 527 | 53 | ||
Source : Wikipedia. Carrière entièrement en Ligue 1 et Ligue 2, dans 4 clubs français.